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>>Expo dossier :

Les plafonds "à la fougère"

... 
particularité architecturale du Forez.

>> SOFFITTI A FELCE - traduzione in italiano 

sur le site de l'association Histoire et Patrimoine de Saint-Etienne 


L'origine du projet :

Des études réalisées par l'Ecole d'Architecture de Saint-Etienne et les Amis du Vieux Saint-Etienne sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, révèlent un nombre important de plafonds de ce type dans la région du Forez (Loire) et tout particulièrement à Saint-Etienne.

Différents types de plafonds :

Le plafond "à la fougère" apparaît au début du XVIe siècle. Il est le résultat de deux techniques : le plafond à caissons de la Renaissance italienne et le plafond à la française. Les solives sont placées en forme de fougère à l'intérieur d'un caisson ou simplement entre les poutres maîtresses.

Cette étude se continue ... Nous sommes toujours à la recherche de l'origine de ces plafonds ... Serge Marcuzzi a fait une découverte surprenante dans des tombes étrusques ... à suivre donc ...

Actualité 2015 : Publication :

Plafonds en bois du Moyen âge au XVIIe siècle, Marie-Agnès Férault, concervateur en chef du patrimoine, Editions du Patrimoine, centre des monuments nationaux, Paris, 270 pages, nombreuses planches, 2014, ISBN 978-2-7577-0336-6. >> sur le site des Monuments nationaux. 3 pages sont conscrées aux plafonds "à la fougère" et un dossier de 6 planches sur la maison François 1er à Saint-Etienne.

 

 

  

Galerie Sud - Salle Dorna

Hôtel de Villeneuve - XVIIe (inv. suppl. M.H.) - Musée des Amis du Vieux Saint-Etienne
Cliché AVSE/B.R.

   

Sommaire du dossier

1 - Les plafonds " à la française " et " à l'italienne " aux XVe et XVIe siècles     

2 - Les " plafonds à la fougère " aux XVIe - XVIIe siècles      

3 - Les " plafonds à la fougère " en Forez     

4 - Les XVIe et XVIIe siècles en Forez     

En guise de conclusion     

Lexique    

Suite des recherches ... Une origine étrusque ? (par Serge Marcuzzi et Floriane Monneret)    

février 2005 - Découverte d'un nouveau plafond ... à Monistrol sur Loire (43)    

octobre 2009 - Deux (?) nouveaux plafonds.. en Arles (13)    

Liste des plafonds "à la fougère" ...    

Cartographie des plafonds "à la fougère" (maps.google)

 

 

Lexique

1 - Poutre maîtresse : Pièce horizontale porteuse.

2 - Poutre secondaire : Pièce qui relie deux poutres maîtresses. Si la poutre secondaire est de même dimension que la poutre maîtresse elle forme un caisson.

3 - Poutre de rive : Poutre bordant l'un des côtés d'un plancher, plaquée contre un mur.

4 - Solives : Pièces horizontales posées à distance régulière qui soutiennent le plancher. Elles forment une sorte de grille perpendiculaire au mur porteur. Dans le plancher à la fougère les solives sont placées en diagonale entre les poutres maîtresses et secondaires.

5 - Couvre-joints : Moulures en bois qui masquent la jointure des planches et empêchent le marrain de tomber.

6 - Lambourdes : Petites pièces moulurées mises aux entailles des poutres pour poser les solives.

7 - Entrevous : Espace entre chaque solive.

8 - Marrain : Décombres, poussière de plâtras, menus débris provenant de démolition, mis entre les entrevous et le plancher pour l'isolation phonique.

 

 

1 - Les plafonds " à la française " et " à l'italienne " aux XVe et XVIe siècles

Le plafond à couvre-joints

Modèle traditionnel de plafond utilisé en France et en Italie aux XIVe- XVe siècles. L'écartement des solives est variable, afin de s'adapter aux irrégularités des pièces. Le plancher, posé perpendiculairement aux solives, nécessite l'emploi de couvre-joints qui empêchent le marrain de tomber dans la pièce. Les solives sont, quant à elles, entaillées au passage des couvre-joints.

Le plafond tant-plein-que-vide ou " à la française "

Ce plafond dit d'après Palladio " suivant l'usage de Paris " est constitué de solives qui ont la même largeur que les entrevous. Il n'est plus utile d'avoir recours aux couvre-joints puisque le plancher est placé parallèlement aux solives. Apprécié pour sa régularité géométrique, son emploi se systématise au XVIe siècle.

Le plafond à caissons ou à compartiments " à l'italienne "

Les plafonds à caissons peuvent être réalisés de deux façons. Soit les poutres maîtresses se croisent à intervalles réguliers avec des poutres secondaires (pleines ou en coffrage) de mêmes dimensions, soit " en trompe l'oeil " avec des trémies de planches sur lesquelles ont été rapportées des moulures plates exécutées avec une épargne de bois. Dans ce cas le décor n'évoque pas forcément la structure porteuse.

L'antiquité romaine a privilégié les voûtes et les plafonds à caissons pour leur effet décoratif. Ils étaient alors réalisés en pierre (Panthéon d'Hadrien à Rome, 118-128), en stuc (les bains Stabiens à Pompéi, 300 avant J. C.) ou peints en trompe l'oeil (la Domus Aurea de Néron à Rome, 64).

Ils réapparaissent dans les peintures italiennes dès le XIVe siècle avec Giotto (Annonciation à sainte Anne, 1302-1305, chapelle Scrovegni, Padoue) et surtout au début du XVe siècle avec Masaccio (Trinité de Santa-Maria Novella, Florence). En architecture, au même moment, à Florence, le premier plafond à caissons est construit. Brunelleschi s'inspire des thèmes développés dans les basiliques paléochrétiennes de Rome et réalise l'église de San Lorenzo où la nef est couverte d'un plafond plat avec des caissons de faible épaisseur.

Toujours à Florence, en 1495, Simone del Pollaiolo, dit Cronaca, construit au palazzo Vecchio, la salle des Cinq Cent (52 x 22 m.), qui reprend les dimensions de la salle du Grand Conseil du Palais des Doges de Venise (54 x 24 m.). Plutôt qu'un plafond en carène de navire, privilégié à Venise, Vicence, Padoue, pour les grands espaces, il élabore un plafond composé d'une centaine de caissons (il sera rehaussé et transformé à partir de 1563 par Vasari pour supporter des peintures).

Ces plafonds à caissons, inspirés de l'Antiquité, font désormais partie intégrante du décor mis en scène par les acteurs de la Renaissance. Ils accentuent les effets de perspective et de profondeur, participent à la géométrisation de l'espace, créent un effet plastique qui renforce l'unité spatiale du lieu.

L'emploi des caissons se généralise au XVIe siècle dans les oeuvres d'Alberti de Sangallo, de Bramante et de Perruzzi (villa de la Farnésine, 1507-1511 et palais Massimo alle colonne à Rome, 1532-1536). Sebastiano Serlio en propose également toute une série, dans son livre IV publié à Venise en 1537. Carrés, circulaires, en étoiles ou octogonaux, ils s'inspirent des modèles découverts dans les ruines romaines.

Les français quant à eux, ne resteront pas insensibles à ces modèles, qui composent une partition régulière et rythmée. Dès les premières années du XVIe siècle, ils ornent les voûtes des escaliers, des chapelles et les plafonds en bois.

 

 

2 - Les " plafonds à la fougère " aux XVIe - XVIIe siècles

Ils reprennent soit la technique des plafonds à caissons, soit celle des plafonds à la française, mais au lieu de poser les solives perpendiculaires aux poutres maîtresses et secondaires, elles sont en diagonale, selon un angle qui varie de 45° à 30°.

Cette technique particulière illustre les recherches des architectes et ingénieurs du Moyen-âge pour pallier une réelle pénurie de bois d'oeuvre. Plusieurs procédés " économiques " pour planchers et charpentes sont alors mis au point. Villard de Honnecourt, au début du XIIIe siècle, en témoigne en indiquant la façon de construire le plancher d'une maison ou d'une tour avec des pièces de bois courtes.

Ces savoir-faire, captent également l'attention de Sebastiano Serlio, qui tente, depuis son arrivée en France en 1540, de combiner les usages français et italiens en matière d'architecture. Il s'empresse donc d'ajouter à son livre I consacré à la géométrie, et publié à Paris en 1545, un exemple de plafond utilisant des pièces de bois trop courtes pour traverser l'espace à couvrir.

Sa technique est encore décrite dans les ouvrages de menuiserie du début du XXe siècle sous l'appellation "plancher à la Serlio". Les solives se soutiennent mutuellement à l'une de leur extrémité et à l'autre portent directement dans les murs. Cette structure est élaborée sur un échafaudage plat qui est démoli après la mise en place de toutes les pièces.

Serlio passe les dernières années de sa vie à Lyon (1548-1553) où il se consacre à ses traités et à des projets d'architecture. Philibert de l'Orme né à Lyon, reprend un peu plus tard les recherches sur l'emploi de pièces de bois courtes, met au point une technique de charpente composée de petits bois cintrés et assemblés et la présente en 1561 dans ses deux livres " nouvelles inventions pour bien bâtir et à petits frais ".

Les premiers plafonds "à la fougère" repérés à ce jour sont ceux de Saint-Flour vers 1530 (très simple de construction) et celui du château d'Ampuis en 1529.

 

 

3 - Les " plafonds à la fougère " en Forez

C'est dans ce contexte d'utilisation optimum de bois de diverses longueurs que se développent curieusement en Forez et dans les provinces limitrophes les plafonds "à la fougère".

En fait, seul le plafond de Bourg-Argental s'apparente au système de Serlio. Dans les autres cas les solives portent sur les poutres et forment des compositions qui varient d'un caisson à l'autre sur des motifs géométriques.

La variété des exemples est surprenante et le compartimentage privilégie tantôt la technique italienne tantôt la française. Dans le premier cas, les poutres se croisent à la même hauteur et forment de véritables caissons (maison François 1er à Saint-Etienne, château de la Bâtie d'Urfé). Dans le deuxième cas, les poutres sont simplement reliées par les solives en diagonale sans intermédiaires (château de Marandière, de Prony). Un troisième cas associe les deux techniques précédentes en créant des caissons " en trompe l'oeil ". Le système à la française est alors utilisé, mais on ajoute des poutres secondaires soulignées de moulures pour figurer des caissons (château de Roussillon, Château d'Ampuis, 5 place du Peuple, 11 rue José Frappa, Hôtel de Villeneuve).

Les plafonds "à la fougère" combinent différents partis privilégiant soit le compartimentage, soit le solivage. L'effet produit résulte de la virtuosité technique, des assemblages complexes et du dynamisme apporté par les diagonales, plus que des décors qui restent sobres (corde sculptée sur les poutres dans la maison François 1er, peintures de grotesques sur les poutres de rives à Roussillon, décor peint de fruits et légumes à Marandière).

En 1556, Lescot fera réaliser dans la chambre du roi au Louvre un véritable plafond à l'italienne masquant totalement la structure de solives et de poutres et décoré d'ornements, bien des châteaux imiteront ce nouveau parti facilitant le déploiement des toiles peintes allégoriques.

La région Forézienne, elle, restera fidèle à ses savoir-faire et traditions et leur préférera encore longtemps ces compositions savantes, rigoureuses et extravagantes.

" Ces plafonds en fougère, peut-être dessinés par des architectes, ont été réalisés par des charpentiers astucieux et de talent, malheureusement anonymes. Les recherches en archives livreront peut-être un jour leurs secrets.
La corporation des charpentiers qui existe en 1351 et qui a souvent fourni des maîtres d'oeuvre, des architectes et des sculpteurs sur bois au XVe et XVIe siècles, comprend en 1476 les menuisiers et les tonneliers.
A Montbrison, les charpentiers formaient au XVe siècle avec les maçons la confrérie de Saint-Joseph et en 1663 une jurande (regroupement professionnel). A Saint-Etienne, ils constituent en 1662 une confrérie de Saint-Joseph et ils font partie au XVIIIe siècle de la communauté des maçons, charpentiers, tailleurs de pierre, entrepreneurs et architectes. "

(M. Audin et E. Vial, Dictionnaire des artistes et ouvriers d'art de la France, Paris, 1918.)

 

 

4 - Les XVIe et XVIIe siècles en Forez

Nous reprenons ici l'introduction de Didier Repellin pour le catalogue de l'exposition sur la Renaissance en Forez organisée par la LIGER en 1990.

"Si la guerre de Cent ans avait ralenti la prospérité de la région, les guerres d'Italie et la création des foires à Lyon, amenèrent en Forez un nouvel essor et un renouveau artistique certain.
Comme dans toute la région c'est principalement l'architecture profane qui domine au siècle de la Renaissance car dans l'architecture religieuse les formes gothiques ont persisté très longtemps. (...)

En revanche, dans l'architecture profane, des créations complètes et cohérentes apportèrent au Forez un renouvellement majeur dans l'art d'habiter. La plus célèbre et remarquable création est certainement celle de la Bâtie d'Urfé. La maison forte austère devient maison de plaisance que l'on accompagne d'un jardin plus ou moins grand suivant les disponibilités des lieux.

Même si les réalisations sont quelquefois un peu gauches dans l'art de bâtir, elles excellent avec élégance dans la décoration et tous les arts comme la sculpture, la peinture murale, les pavements de sol, etc... La chapelle ou la grotte de la Bâtie sont exemplaires à ce titre. Claude d'Urfé, esthète raffiné, avait ramené toutes ces fantaisies d'Italie. Il ne s'agit donc pas d'une évolution de l'art interne mais bien d'un apport créatif de l'extérieur.

Les galeries fleurissent dans les demeures privées au château de Saint-Marcel-de-Félines, à Gatellier (partiellement démolies au XVIIIe siècle) ou l'Aubépin, pour ne citer que certains ; même si le climat en Forez ne permet pas réellement de profiter toute l'année de ces espaces italiens enchanteurs mi-extérieurs, mi-intérieurs. (...)

Ce qui est sans doute le phénomène le plus important durant cette période, n'est pas seulement l'effet visuel du nouveau style, mais surtout l'extraordinaire échange de savoir-faire entre artistes, artisans et compagnons.

Dans un souci de formation, la notion de Maître et d'apprentis se développe. Si pendant la période gothique précédente, les échanges restaient encore "intra-région", pendant la Renaissance, les échanges se font très activement avec l'Italie surtout, mais aussi l'Allemagne. Ce sont en quelque sorte les premiers échanges "européens" et en Forez des voyageurs comme Claude d'Urfé y ont beaucoup contribué.

Sous l'influence de ces artistes, les mains-d'oeuvre locales se sont renouvelées avec l'apport d'une grande diversité de techniques.

La Renaissance en Forez est une période artistique émouvante car elle est humaine, liée à des personnages qui ont eu l'enthousiasme d'introduire des créations selon leur goût personnel et à des "ouvriers" qui se sont ouverts aux nouvelles techniques venues d'ailleurs en y mettant toute leur foi."

Didier REPELLIN, 1990
Architecte en chef des Monuments Historiques
(in La Renaissance en Forez, LIGER)
 
 

En guise de conclusion ...

Nous sommes donc ici en présence d'une géotypologie particulièrement intéressante alliant à la fois un haut degré artisanal et un côté italianisant, reprenant le modèle italien du caisson mais avec beaucoup de fantaisie et une grande souplesse du système s'adaptant indifféremment aux grands comme aux petits espaces.

Recherche conduite par :

Nathalie Mathian (Maître de conférences, université Lyon III)
Michel Bourlier (des Amis du Vieux Saint-Etienne)
Bernard Rivatton (Directeur du Musée du Vieux Saint-Etienne)
avec la collaboration du Centre d'Etudes Foréziennes (Université de Saint-Etienne)
et de l'école d'Architecture de Saint-Etienne.

Cette étude présente les premiers résultats d'une recherche novatrice. La liste des sites n'est pas exhaustive.
Aidez-nous dans notre recherche de plafonds "à la fougère". Nous vous remercions de nous signaler les plafonds que vous pourriez découvrir ...

Contact : Histoire et Patrimoine de Saint-Etienne Hôtel de Villeneuve - 13 bis, rue Gambetta - 42000 Saint-Etienne
 
 

Les plafonds "à la fougère" sont-ils d'origine étrusque ?

 
Les plafonds "à la fougère" (les solives, posées perpendiculairement aux poutres maîtresses et secondaires dans le plafond à la française, sont disposées ici en diagonale selon un angle qui varie de 30° à 45°) sont particulièrement nombreux dans le Forez : 16 plafonds sur les 28 actuellement recensés en France. L’Hôtel de Villeneuve en offre d’ailleurs un exemple très intéressant dans sa galerie du premier étage.

Dans son article consacré à ce type de plafond (cf. ci-dessus), Nathalie Mathian insiste sur les influences italiennes qui ont présidé à ce mode de couverture : le plafond en fougère résulterait à la fois du plafond à la française et du plafond à caissons de la Renaissance italienne. La présence du grand architecte italien, Sebastiano Serlio (1475-1554) à Lyon à partir de l’année 1548 ne serait d’ailleurs pas étrangère à la diffusion de ce modèle.

Il semblerait, en fait, que ces racines italiennes plongent dans un passé beaucoup plus lointain. En effet, au cours d’un récent voyage effectué en Italie dans la région de Rome, en avril 2001, au cœur de l’Étrurie, il m’a été donné d’admirer un remarquable plafond en fougère... dans une tombe étrusque datant du début du VIe siècle av. J. C., près de l’actuelle localité de Cervéteri (l’antique Caere). Les Etrusques sont ce peuple mystérieux établi en Toscane depuis le VIIIe siècle av. J. C. au moins et qui, à l’apogée de sa puissance (VIIe-VIe siècles av. J. C.), occupa une part notable de la péninsule italienne, des environs de Naples à la plaine du Pô. La compréhension de leur langue pose encore aujourd’hui, des problèmes qui ne sont que partiellement résolus et leurs origines alimentent toujours les querelles des spécialistes : sont-ils venus de Lydie (Asie Mineure) vers le XIIIe siècle av. J. C. ou constituent-ils un peuple italique autochtone ?

La civilisation étrusque laissa en tout cas des traces profondes dans l’Italie antique, notamment en ce qui concerne l’art funéraire : leurs tombeaux creusés dans la roche (souvent un tuf volcanique à la fois tendre et résistant) sont coiffés de tumuli circulaires et forment de véritables nécropoles. Celle de La Banditaccia, à 2 km. au N. O. de Cervéteri, où j’ai eu la surprise de découvrir ce remarquable plafond en fougère, fait partie d’un ensemble de nécropoles beaucoup plus grand et s’étendant sur 450 hectares.

La tombe qui nous occupe est appelée Tombe des Chapiteaux (Tomba dei Capitelli) et tire son appellation des deux colonnes à section polygonale, surmontées de chapiteaux, et qui soutiennent le plafond plat d’une grande salle longitudinale flanquée de banquettes funéraires. Le tout est évidé dans un tuf volcanique qui se travaille assez facilement. Des restes de stuc laissent supposer que l’ensemble devait être entièrement peint à l’origine. Mais je cède la parole à Benedetto Zapicchi, archéologue né à Cervéteri et qui participa à plusieurs campagnes de fouilles sur le site :

La chambre principale [la salle longitudinale dont nous venons de parler] est couverte d’un plafond à cadre qui dans la partie centrale met en évidence les treillis du plafond. Ils sont composés de cannelures obliques comme celles retrouvées de nombreuses fois dans la ville. Les constructeurs avaient ainsi pour intention d’imiter l’adjonction d’un second étage. L’agencement comprend aussi huit petits klinaï [banquettes funéraires] qui, même s’ils sont taillés dans le tuf, donnent une impression chaude et ouatée. Cela rend, mieux que toute autre tombe, l’idée d’une maison étrusque”.

Pour mieux visualiser cette description, il convient de se reporter à la photographie reproduisant le dit plafond :

 

Tombe des Chapiteaux                                   Plafond salle Dorna - Hôtel de Villeneuve
(fin du VIIe s. av. J.C. - Cervéti / Italie).                       (XVIIe s. - Saint-Etienne / France)

 

La ressemblance avec nos plafonds en fougère est pour le moins frappante !

Le texte de B. Zapicchi nous amène à faire deux remarques :

- ”Ils sont composés de cannelures obliques comme celles retrouvées de nombreuses fois dans la ville”. Cette Tombe des Chapiteaux ne serait donc pas un cas isolé mais nous proposerait un modèle de plafond particulièrement répandu.

Je n’ai pas eu l’occasion de visiter d’autres tombes similaires sur le site (par manque de temps disponible mais aussi parce que de nombreuses tombes sont malheureusement fermées) mais quelques recherches -hélas trop sommaires !- m’ont permis de découvrir d’autres tombes étrusques comportant le même type de plafond. En effet, à Blera (la Phleva des Etrusques), une trentaine de kilomètres au nord de Cervéteri, existe un tumulus avec deux tombes : le tumulus de Valle Cappellana (fin du VIIe siècle av. J. C.). L’une de ces tombes “comporte deux chambres en enfilade séparées par deux lourdes colonnes doriques, et le plafond imitant la réalité, selon la mode de Caere [Cervéteri]”. Si l’on en croit la vue axonométrique reproduite dans le document, le plafond de la chambre du fond semble être la copie conforme de celui de la Tombe des Chapiteaux
.

Blera : tumulus de Valle Cappellana, tombe 1, vue axonométrique

 

 ”Cela rend, mieux que toute autre tombe, l’idée d’une maison étrusque.”. La tombe étrusque se veut, avant tout, la représentation dans l’au-delà d’une réalité terrestre.

Comme le dit Mario Torelli : “L’imitation de la réalité dans ces tombes est un élément précieux, dans la mesure où elle restitue une image fidèle de la vision globale de la maison à cette époque. Le plan est important par dessus tout, qui donne des renseignements sur l'évolution fondamentale intervenue dans l’architecture domestique (et aussi par conséquent dans l’architecture sacrée) à la fin du VIIe siècle av. J. C.”. Le plafond en fougère était-il donc largement représenté dans la maison étrusque ? Il n’est pas, a priori, déraisonnable de le penser !

Cette découverte pose ainsi plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, aussi bien “en amont” qu'"en aval” :

- en amont. Si l’on retient l’hypothèse que les Etrusques sont originaires de Lydie (en tout cas, de Méditerranée orientale), il serait intéressant de chercher s’ils n’ont pas importé en Italie un mode de couverture en provenance de leur zone géographique d’origine.

- en aval. On est en droit de supposer que les Etrusques ont certainement légué aux Romains ce type de plafond. Si tel était le cas, cela ouvrirait alors des perspectives ô combien intéressantes : existe-t-il des vestiges de plafonds en fougère (ou assimilés) dans l’architecture domestique romaine (visibles sur des fresques ou “in situ” dans des sites archéologiques comme Pompéi ou Herculanum) ou dans celle de l’Italie médiévale ? On peut en effet difficilement envisager un hiatus qui s’étendrait de l’Antiquité à la Renaissance !

Voilà du travail en perspective pour les chercheurs de tout poil !

Serge MARCUZZI

Texte publié in Saint-Etienne, histoire & mémoire, bulletin du Vieux Saint-Etienne,
n. 202, juillet 2001, pp.69-71


 

" (…) en taillant dans le roc leurs chambres sépulcrales, en sculptant leurs sarcophages et leurs urnes funéraires, les étrusques ont plus d'une fois reproduit l'aspect de leurs habitations ou de leurs temples et nous ont ainsi conservé l'image de leurs plafonds et de leurs toits. Avec ces données, on peut essayer de reconstituer les principaux types de charpentes "

p154, MARTHA Jules, L'art étrusque, Firmin-Didot & Cie Éditeurs, Paris, 1889, 635p.

La thèse défendue par Jules Martha recoupe celle qu'énonce Serge Marcuzzi dans son article. Les habitations étrusques étant faites de bois, de paille et de terre crue, elles n'ont pas résisté aux injures du temps. Toutefois, un témoignage de l'architecture domestique étrusque est parvenu jusqu'à nous : les urnes funéraires étaient réalisées sur le modèle des maisons, ce qui nous donne une idée de leur aspect extérieur. Les chambres funéraires, quant à elles, nous rendent compte de l'aspect et de la décoration intérieurs. En effet, les étrusques considéraient que la tombe était une image souterraine de la maison. Ils croyaient tout comme les Égyptiens en une survivance terrestre après la mort. Il était donc important que le défunt ait autour de lui l'ambiance et les objets de son quotidien. Tout l'attirail mobilier (banquettes, alcôves, colonnes, plafonds, portes, fenêtres…) était donc sculpté dans le tuf volcanique dans la région de l'Étrurie Méridionale.

 

 

 

Ces dessins de plafonds réalisés à la fin du XIX ressemblent à s'y méprendre à ceux de la Tombe des Chapiteaux (Nécropole de la Banditaccia, Cerveteri), à ceux du tumulus de Valle Cappellana (Barbarano Romano, près de Blera), ainsi qu'à nos plafonds en fougère foréziens.
Selon l'auteur, il s'agit d'une tombe située à Vulci, au nord-ouest de Tarquinia. Il ne donne pas de nom, mais il est fort probable qu'il s'agisse de la " Tomba dei Soffitti Intagliati " (Tombe des plafonds taillés).
Sur le site Internet consacré à la " Necropoli etrusca " de Vulci, il est dit que cette tombe aux plafonds taillés présente des similitudes avec des tombes de Cerveteri, et que sa réalisation est attribuée à un artisan de cette même ville. Cette tombe aurait été repérée en 1967, et ouverte en 1982. Cependant, les archéologues ont constaté qu'elle avait déjà été violée. Elle daterait de la moitié du VII siècle avant Jésus Christ.

Voici comment Jules Martha commente ce plafond : " Une disposition curieuse et dont on n'a encore qu'un exemple est celle qu'on observe dans une chambre de Vulci couverte d'une charpente à solives croisées : les compartiments carrés que forment les pièces de bois assemblées sont remplis par une sorte de lattis en diagonale, composé de baguettes rondes parallèles, alternant avec des demi-règles, dont l'arête fait saillie entre les profils arrondis des baguettes. Cette décoration est complétée par des tons rouges, blancs ou noirs, qui soulignent les profils et rendent plus manifestes encore les détails de la construction simulée " p194-195.

Floriane Monneret - mars 2007
Stagiaire Master 2 " Métiers des Patrimoines ", Université Jean Monnet, Saint-Etienne.

 

 

Découverte d'un nouveau plafond "à la fougère" ... à Monistrol :

Suite à un article consacré à la Maison François 1er de Saint-Etienne publié dans la Gazette, un nouveau plafond "à la fougère" vient d'être découvert à Monistrol, dans le château des Evêques.

Le salon situé dans la tour Barbe est en effet couvert d'un beau plafond formé de neuf caissons. Il pourrait dater, non pas de la construction de la tour (1458) mais plus probablement des environs de 1578 (date qui figure sur la cheminée du salon).


Source : La Gazette de la Haute-Loire - n. 175 (18 février 2005)

 

 

Découverte de nouveaux plafonds "à la fougère" ... en Arles ... et Forez :

Il semble que la Ville de Arles abrite deux plafonds très proches de "nos" plafonds "à la fougère". Il s'agirait d'une version intermédiare entre le plafond à la française en fougère et le plafond à caissons en fougère.

Ces plafonds se trouvent, pour l'un, dans le hall d'entrée de l'hôtel Saint Trophime et l'autre au musée Réattu.

a suivre donc ...

Source : site Internet Hôtel Saint Trophime


En Forez : Autres plafonds repérés (en cours de vérification ...) : Saint-Germain-Laval et Saint-Genes-Lerpt ... à suivre

 

 

Liste des plafonds "à la fougère" recensés à ce jour :

Mise à jour : 08.2007 (mission Floriane Monneret, stagiaire IERP, université Jean Monnet, Saint-Etienne, Master2 métiers des patrimoines) + 3 additifs en 08.2008.

 

 

Département - Nom du site / Commune

 4 - Résidence d'été des Evêques de Dignes / Marcoux
15 - Maison Consulaire / Saint-Flour
38 - Château de Roussillon / Roussillon
42 - Maison-forte "Bollioud" / Bourg-Argental
42 - Ancienne Gendarmerie / Bourg-Argental
42 - Château de Feugerolles / Le Chambon-Feugerolles (copies XIXe, suite à incendie)
42 - Château de Marandière / Estivareilles
42 - Château de l'Aubépin / Fourneaux
42 - Maison, rue Tupinerie / Montbrison
42 - Ancien couvent de la Visitation / Montbrison
42 - Château de Pravieux / Pouilly-les-Feurs
42 - Maison Patin, XVIe / Saint-André-d'Apchon
42 - Maison "François 1er" / Saint-Etienne
42 - Maison "Bernou de Rochetaillée", 5 pl. du Peuple / Saint-Etienne
42 - Maison "Alléon-Métayer", 11 rue José Frappa / Saint-Etienne
42 - Maison, 24 rue José Frappa / Saint-Etienne
42 - Hôtel "Jullien-Chomat de Villeneuve" / Saint-Etienne
42 - Maison, 12, rue D. Escoffier / Saint-Etienne
42 - Maison, 1, place des Ursules / Saint-Etienne
42 - Château de la Bastie d'Urfé / Saint-Etienne-le-Molard
42 - Château de Saint-Marcel / Saint-Marcel-de-Félines
42 - Maison 2, rue du port / Saint-Rambert-sur-Loire
43 - Château des Evèques / Monistrol-sur-Loire
43 - Maison, grande rue / Tence
43 - Château de SAint-Vidal / Saint-Vidal
48 - Tour du Villaret / Allenc
48 - Château de du Boy / Lanuéjols
48 - Château de Saint-Alban / Saint-Alban-sur-Limagnole
63 - Château Les Martinanches / Saint Dier d'Auvergne
69 - Château d'Ampuis / Ampuis
69 - Maison, 114, quai Pierre Scize / Lyon
69 - Château de Prony / Oingt
69 - Maison 50, rue Joseph Ricard / Sainte-Foy-les-Lyon
69 - Maison forte de Villette / Villecheneve
69 - Château de Pizay / Saint-Jean d'Ardières
73 - Château Manuel de Locatel / Conflans-Albertville
73 - Sacristie de la Chapelle du vieux château de Conflans / Conflans-Albertville

Retrouvez sur maps.google la situation de ces plafonds en fougère (mise à jour de octobre 2007)

cartographie des plafonds "à la fougère" (particularité architecturale forézienne)
carte de France (Maps.Google)
Cliquez dans les petits pictogrammes pour visualiser les infos sur les plafonds "à la fougère".
 





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